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Section Parents
Le grand chemin - Témoignage de Marie-France
Témoignage de Marie-France
 
Comment vous raconter et par où commencer... Avant tout, la thérapie de ma fille ne s'est pas fait sans heurts mais à vous chers parents qui souffrez, je vous invite à garder espoir et sachez que vous n'êtes plus seuls.
 
Je suis la maman d'Audrey, 15 ans. Quand Audrey est entrée dans l'adolescence, j'ai eu l'impression qu'un bulldozer entrait dans la maison. Je ne la reconnaissais plus. Je me suis gavée de livres traîtant sur l'adolescence, j'ai eu les services d'une travailleuse sociale, etc. À la veille de ses 14 ans, ma fille a fait une tentative de suicide. Étant épuisée, j'ai décidé de la placer en centre d'accueil un an. À l'époque, sa consommation de drogues était peu évidente. Après un an en centre d'accueil, retour chez maman. Au début de l'été, elle a 15 ans et avec le support d'une éducatrice, on rame tant bien que mal. Septembre, l'école recommence et tout déboule. Plus rien ne semble atteindre ma fille. Je suis découragée, presque prête à lancer l'éponge. J'ai beaucoup de peine et je vis beaucoup d'impuissance. Un soir, n'ayant pas de ses nouvelles, je fais quelques appels, pour finalement retrouver ma fille complètement ivre au coin de chez nous. Je la ramène à la maison, l'installe dans son lit et la laisse cuver son vin sans la déranger. De toute façon, il n'y a rien à faire dans cet état. J'informe tout de même son père des derniers événements. À sa demande, je fouille dans la bourse de ma fille pour y trouver des trucs qui servent pour la consommation. Le lendemain, je confronte ma fille devant l'éducatrice. Le soir, son père lui parle et nous sommes d'accord pour dire que ça ne peut plus continuer. En bonne maman que je suis, je fais des démarches pour un centre de désintoxication. On m'a vite suggéré d'arrêter les démarches en me disant que c'était à ma fille de les faire. Tout ce que j'ai fait alors, a été de lui donner un numéro de téléphone étant certaine que ce bout de papier prendrait le chemin de la poubelle. Le lendemain, au retour du travail, à ma grande surprise, Audrey me dit qu'elle a pris rendez-vous au centre Le Grand Chemin. Lueur d'espoir pour maman......Enfin!
 
Début novembre, Audrey entre au centre Le Grand Chemin. Son père et moi sommes très émus et bouleversés. Son père l'encourage, moi je garde silence ne sachant trop quoi dire, je suis dépassée. Au bout de deux semaines, j'apprends qu'Audrey ne participe pas à sa thérapie Je suis un peu paniquée, mais on la laisse exceptionnellement parler à son père. Finalement, Audrey décide de continuer. Début décembre, un mois plus tard jour pour jour, Audrey a fugué avec deux autres personnes. Vous dire comment je me suis sentie: en colère et découragée. Finalement, son père la retrouve 3 heures plus tard avec les deux autres personnes. Expulsion du centre pour au moins 30 jours. Moi et son père, avec l'encouragement et le support des intervenants, nous décidons qu'Audrey ira passer les fêtes en arrêt d'agir au centre d'accueil. Pendant ce mois, je continues d'être en contact avec les intervenants du centre Le Grand Chemin et je continues de participer aux ateliers pour les parents. Ce n'est pas parce que notre ado est en difficulté que la vie s'arrête pour autant. Dans le tourbillon de la vie quotidienne, assister aux ateliers me permet de prendre un temps d'arrêt pour ventiler et me ressourcer. Je m'y sens respectée et comprise et surtout, je ne me sens pas jugée. Début janvier, Audrey refait une demande au centre et quelques jours plus tard, après l'étude de son dossier, on lui accorde une deuxième thérapie. Mais cette fois-ci, Audrey mentionne qu'elle est bien déterminée à terminer sa thérapie. C'est difficile, mais je suis déterminée moi aussi à ne pas céder. À la mi-traitement, c'est la rencontre familiale. Ça s'est très bien passé, les intervenants sont très professionnels. Mais j'ai passé les jours qui ont suivi cette rencontre par toute la gamme des émotions: colère, bouleversée, impuissance et beaucoup de peine. Je suis très reconnaissante envers les intervenants pour leur patience, leur écoute et leurs encouragements à mon égard.
 
Finalement, Audrey a bel et bien terminé sa thérapie. Elle est sortie depuis peu et je la sens beaucoup plus en paix et sereine. Elle a pris la décision d'aller vivre chez son père. Étant épuisée, je ne me suis pas opposée à son choix et notre relation ne s'en trouve que mieux. Après toutes ces péripéties, je peux dire que la balle est maintenant dans le camp de ma fille et qu'avec les outils que le centre lui a donnés, elle s'en tire plutôt bien. Sachant que l'alcoolisme et la dépendance aux drogues sont des maladies, je peux enfin mettre des mots sur ce qui s'est passé. Ma fille était souffrante et j'ignorais pourquoi. Aujourd'hui je me sens mieux outillée pour l'accompagner et la supporter dans ses choix de vie. Je suis infiniement reconnaissante envers le centre Le Grand Chemin pour l'aide et le support apporté à ma famille. C'est un privilège et une ressource inestimable pour nos jeunes aux prises avec cette maladie.
 
Je ne sais pas si vous vous êtes reconnus dans mon histoire, mais sachez que vous n'êtes plus seuls et qu'il y a de l'espoir.
Marie-France
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