Approches et techniques d’intervention

Approches et techniques d’intervention

Approche cognitivo-comportementale

L’efficacité de l’approche cognitivo-comportementale dans le traitement de la toxicomanie a été largement démontrée grâce à de nombreuses études contrôlées et rigoureuses menées auprès d’échantillons très variés (Baker et Lee, 2003; Lee et Rawson, 2008; Magill et Ray, 2009; Rangé et Marlatt, 2008; Waldron et Kaminer, 2004).

 

Elle s’appuie sur les théories comportementales, comprenant le conditionnement classique et opérant,les théories cognitives (Silva et Serra,2004) ainsi que la théorie de l’apprentissage social. Ancrée dans le présent, elle est orientée vers un but précis et vise à travers l’exploration des composantes cognitives, affectives et comportementales, à résoudre la dépendance et ses problématiques associées.

 

C’est une approche structurée et « manualisée » (manualized) (Shearer, 2006) qui se constitue d’un ensemble de techniques. Celles-ci visent, entre autres, à faire l’analyse des déclencheurs et des conséquences de la consommation de substances psychoactives ou du jeu excessif, ainsi que de leurs comportements associés. L’approche cognitivo-comportementale amène les jeunes à développer des habiletés, pour éviter ou gérer les situations à risques de rechute (coping). Également, elle cherche à augmenter les activités de remplacement à la consommation. Outre ces techniques, le monitorage (monitoring) des pensées reliées à la consommation et la pratique d’habiletés au cours des sessions s’effectuent régulièrement sous forme de jeux de rôle, de modelage (modeling) et de « devoirs thérapeutiques » (Shearer, 2006).

 

Entretien motivationnel

Plusieurs études sont venues confirmer l’efficacité de l’entretien motivationnel (EM), élaboré par Miller et Rollnick (2002; 2006), dans le traitement des personnes aux prises avec une dépendance à une substance psychoactive (Burke, Arkowitz et Menchola, 2003; Dunn, Deroo et Rivara, 2001; Lundahl et autres, 2010; Vasilaki, Hosier et Cox, 2006).

 

L’entretien motivationnel est une approche d’intervention centrée sur l’individu, qui vise à augmenter la motivation intrinsèque au changement d’un comportement ciblé en favorisant chez la personne l’exploration et la résolution de son ambivalence (Miller et Rollnick, 2002; 2006).

 

« En pratique, l’entretien motivationnel repose sur quatre principes d’intervention favorisant le changement, soit:

1)  Exprimer de l’empathie par un style centré sur la personne et une écoute réflective qui favorisent un climat d’acceptation inconditionnelle de l’autre.

2)  Développer la divergence, c’est-à-dire mettre en lumière et amplifier la divergence entre le comportement du patient, ses valeurs de référence et ses objectifs, tout en favorisant la résolution de l’ambivalence, en aidant ce dernier à se mobiliser en vue du changement.

3)  “ Rouler”avec la résistance,c’est-à-dire éviter la confrontation,reconnaître que le patient est la première source de réponse et de solution à ses difficultés et proposer des idées plutôt que de les imposer.

4)  Renforcer le sentiment d’efficacité personnelle en attribuant à [l’adolescent] le mérite de ses possibilités et de ses capacités de changement ».3

 

Techniques d’impact

S’inspirant de la thérapie d’impact de Jacobs, Dre Beaulieu (1997) a élaboré une série d’outils thérapeutiques qu’elle nomme techniques d’impact. Ces dernières utilisent des objets, le mouvement, le graphisme, les métaphores, l’expression, l’écriture et des fantaisies mentales qui sont extérieurs au problème et qui ont pour but d’illustrer celui-ci. Basées sur des principes mnémotechniques, elles permettent un mode d’apprentissage multisensoriel. Les techniques d’impact stimulent les prises de conscience et le changement en rendant plus concrets des concepts abstraits, en stimulant les émotions, en suscitant l’intérêt, en plus d’y ajouter une notion de plaisir. Ces techniques favorisent donc une plus grande implication de la personne dans son processus de rétablissement en ayant un impact rapide et efficace sur cette dernière, particulièrement avec les adolescents.

 

Modèle de traitement basé sur les 12 étapes

La revue de littérature faite par Joël Tremblay (2009) et son équipe, que l’on trouve dans l’évaluation des croyances et des besoins spirituels et religieux des usagers du Centre de réadaptation en dépendance de Québec, souligne plusieurs éléments intéressants. Il y est précisé que « la spiritualité […] agirait comme facteur de protection face à la consommation, favoriserait l’adaptation et le bien-être psychologique tout en suscitant de l’espoir et en soutenant l’intériorisation d’un sens et d’un but personnel dans le processus de réadaptation ».4

 

De plus, selon Georges Vaillant, psychiatre reconnu dans le traitement de la dépendance à l’alcool et la toxicomanie, la démarche spirituelle occupe une place importante dans la réadaptation, car elle agit comme source d’espoir et d’estime de soi. Elle favorise la libération du sentiment de culpabilité, puis invite à la transformation intérieure. Alors que la dynamique de dépendance amènerait une rupture des liens avec nous-mêmes, avec les autres et avec une puissance supérieure, le cheminement spirituel nous situe dans une démarche de réunification des liens brisés (Getsinger, 1998).

 

S’appuyant sur le fait que « L’approche des douze étapes des A.A. constitue l’intervention la plus étudiée et elle est globalement reconnue comme ayant un impact positif (Koening et al., 2001) [et que] selon les A.A., la croissance spirituelle est le moteur de la sobriété5», Le Grand Chemin aborde la spiritualité par le biais du modèle de traitement basé sur les 12 étapes. De façon plus concrète, nous abordons les concepts d’impuissance, de perte de maîtrise et de puissance supérieure avec les jeunes et nous misons sur les valeurs d’ouverture, d’honnêteté et de bonne volonté véhiculées par la philosophie A.A. De plus, afin de favoriser le soutien social et le sentiment d’appartenance, les jeunes sont initiés, sous l’encadrement de professionnels, à des réunions A.A. ou N.A. Ils pourront ainsi se positionner face à ce mouvement d’entraide et choisir d’y maintenir ou non une implication à la suite du suivi offert par Le Grand Chemin.

 

Intervention de groupe

L’intervention de groupe est un important levier de changement. Elle permet de développer les habiletés relationnelles et, par l’appui des pairs, est un puissant outil de renforcement et de valorisation de l’estime de soi. De plus, elle permet des apprentissages, autant par l’observation du rétablissement chez l’autre (modeling) que par les échanges, où la rétroaction a une portée bien différente de celle des intervenants. De même, elle permet d’universaliser le vécu émotif, ce qui favorise l’acceptation de la problématique, le bris de l’isolement et la recherche collective de solution (Turgeon-Krawczuk, Martin, 1983; Middleman et Golberg, 1990; Barker, 1992). En outre, l’efficience de ce mode d’intervention nous permet d’intervenir de façon efficace avec des groupes allant jusqu’à 14 jeunes dans chacun de nos centres.

 

Intervention auprès des membres de l’entourage

La famille est le noyau du développement social et psychologique et joue un rôle central dans le processus de rétablissement des adolescents en difficulté. Par une offre de service personnalisé au membre de l’entourage, nous assurons une meilleure cohésion entre les efforts du jeune, ceux de sa famille et des intervenants. L’implication des parents dans le traitement de l’adolescent permet une évaluation plus complète des besoins et donne l’occasion de les outiller et de soutenir le système familial dans l’atteinte de ses objectifs, en plus d’offrir l’opportunité de soulager la détresse vécue par ceux-ci.

 

De plus, comme le précisaient Grella et Joshi (2003) « La qualité du soutien social et familial est associée à la persistance des adolescents au regard de leur traitement, ce qui favorise le succès thérapeutique ». En d’autres termes, par l’intérêt qu’ils démontrent à leur enfant, par leur support et leur encouragement, ainsi que par l’exemple qu’il offre grâce à leur participation, les parents ou les personnes jouant un rôle parental, favorise l’engagement et la persévérance de l’adolescent dans le traitement.

 

3 LANDRY, Michel, Joël TREMBLAY, Karine BERTRAND et Jean-Marc MÉNARD. Pratiques reconnues dans le traitement des jeunes et des adultes aux prises avec une dépendance, publiée par Centre Dollard-Cormier – Institut universitaire sur les dépendances, 2010, p. 11.
4 TREMBLAY Joël, Nadine BLANCHETTE-MARTIN, Patrice MONTREUIL, Francis BERTHELOT et Dave L. GAGNON. Évaluation des croyances et des besoins spirituels et religieux des usagers du Centre de réadaptation Ubald-Villeneuve, publié par CRUV, CRAT-CA, Centre de pastorale de la santé et des services sociaux, 2009, p. 20 et 21.
5 idem